A l’heure où l’on débat sur cette grande notion qu’est la dépendance je m’interroge : quelle place laisse-t-on à la Vie de nos aînés dans ce challenge que nous devons relever ?

 

L’on parle de coût de prise en charge, de difficultés d’accès aux soins, d’EHPAD, de soins à domicile, de manque de personnel soignant, de manque de moyens, de personnes qui vivent de plus en plus vieille et qui sont donc, forcément, de plus en plus dépendantes.

Mais qu’en-est-il de leur bien-être, de l’écoute qu’on leur accorde, de la prise en compte de leur histoire, de leur vécu, … ? N’a-t-on pas un peu tendance à oublier que ceux que l’on montre aujourd’hui du doigt, ont été les précurseurs de bien d’avancées économiques et sociales dans notre pays.

Le problème est pris bien trop tard je pense, nous savions depuis bien longtemps qu’ils allaient vieillir, mais ce qui m’inquiète le plus c’est le manque de dimension Vie dans toutes ces démarches.

–       Que fait-on de la parole des professionnels de l’animation ?

–       Où est la dimension psychologique dans la prise en charge de nos aînés ?

–       Quelle place donne-t-on à la thérapie non-médicamenteuse, aux soins de bien-être, à l’animation dans l’accompagnement de nos aînés ?

Nous ne prenons pas en charge nos aînés, nous les accompagnons vers ce pour quoi ils ont œuvré toute leurs vies : une fin paisible. Nous les accompagnons dans les gestes de la vie quotidienne qu’ils ne peuvent plus faire seul, nous les accompagnons dans les soins car souvent la maladie les ronge, nous les accompagnons dans des temps de Vie (des balades, des évènements, ou tout simplement dans un temps d’échange, de parole, …).

 

Vous l’avez sans doute tous constaté autour de vous :

–        Un ainé heureux, est un ainé qui va bien.

–       Un ainé dynamique, est un ainé qui souffre moins.

–       Un ainé qui conserve du lien social est un ainé plus autonome.

 

C’est là que l’animation joue son rôle fondamental, être présent, écouter, redonner du sourire, partager avec des ainés qui ont perdu l’envie de vivre en franchissant les portes des établissements. Tout leur est imposé, les horaires, les repas, les camarades, les activités, …, on doit stimuler, à outrance parfois, parce qu’il faut qu’on voie qu’il y a de la Vie ! Mais où est la cohérence de faire faire un atelier floral à Mme X qui a été traumatisée dans son enfance par la perte de sa maman empoisonnée par une fleur, d’emmener M. Y en médiation animale alors qu’il ne s’est toujours pas remis de la perte de son chien, ou bien encore de passer à côté de Mme Z qui chaque jour tente d’ouvrir la boite aux lettres sans que nous sachions qu’elle était factrice.

Nous n’avons pas le temps d’écouter ce public qui a vécu.

Pour une meilleure prise en charge, les histoires de vies devraient être racontés à un psychologue mais ce dernier œuvre dans trois établissements, avec ses pauvres 30% de temps de travail, alors on délègue aux animateurs qui jonglent entre, la préparation, les échanges, les transferts, les courses, l’animation, … et j’en passe, avec souvent eux aussi que des 80 % (temps de travail). Alors la secrétaire fait office de réceptacle et finalement, c’est elle qui nous apprend le parcours de Vie du résident.

Le manque de temps, voilà le problème.

Nos soignants le verbalisent très bien, et pourtant ils ne sont pas entendus. 10 toilettes en 3 heures, on les secoue, les retourne, les manipule avec le maximum de précautions mais dans un temps tellement restreint que parfois …, la maltraitance. On en débat beaucoup, on accuse, acteurs publics, privés, tous dans le même panier. Et puis souvent on parle sans savoir, on émet des jugements, des constatations mais on ne maitrise absolument pas ce problème qui est comment bien accompagner nos ainés !

Et les animateurs, ces faiseurs de Vie, ces acteurs du lien social qui se démènent avec trois bouts de chiffons et 2 cartons pour occuper, écouter, accompagner, faire vivre, eux, on n’en parle pas. On les oublie, on les néglige. On néglige le facteur social dans les EHPAD, on vend du rêve aux familles sans y mettre les moyens. Et par moyen je parle de temps, parce que le fond du problème, c’est le temps qu’on accorde à ces ainés qui n’ont plus le temps ! On va développer des animations, des partenariats, faire appel à des bénévoles, de la récup, pour faire et défaire, mais souvent faire et refaire. Parce qu’on refait, trop souvent, et du coup l’animateur s’enlise, perd patience, perd l’envie, s’ennuie. Pas de formation spécifique, pas d’accompagnement spécifique, l’animateur imagine, crée invente, se réinvente, se perd.

– Que fait-on pour eux, ces faiseurs de vie ?

– Quels moyens leur accorde-t-on ?

Souvent bien peu, voir même pas du tout.

L’appel au bénévolat, oui mais le bénévolat s’essouffle, le bénévole n’est pas toujours préparé aux réactions de nos ainés qui vivent parfois dans un monde bien différent du nôtre.

Le soutien des familles, qui sont très présentes en établissements, oui mais vient le temps ou leur proche parti, elles quittent aussi l’EHPAD. Du coup pas de continuité dans l’accompagnement du groupe d’aînés.

Les collègues, soignants ou hôteliers, eux non plus n’ont pas de temps, à leur grand regret.

Alors l’animateur bricole, l’animateur fait du mieux qu’il peut, et souvent, malheureusement il passe à côté de ce petit détail, qui, pour ce résident aurait fait la différence. Alors ces faiseurs de Vie, bien souvent vus comme des clowns, ils ne savent plus, ils ne savent plus donner du sens à leurs pratiques, ils se perdent, entre l’accompagnement et la réalité du manque de temps.

 

Je reste persuadée que c’est par l’animation, qui je crois ne porte pas bien son nom, que la qualité de vie de nos ainés doit passer.

Il s’agit de les maintenir en Vie (pas au prix d’affreuses souffrances, là n’est pas le débat), leur donner envie de vivre, leur donner envie de s’investir, de participer, d’être acteur, même à 90 ans. On s’extasie tous de ces vidéos d’hommes et de femmes de 80-90 ans qui font du sport, sont impliqués dans la vie sociale. Ce sont des seniors magiques, mais tous les seniors sont magiques.

Donnons les moyens aux animateurs de rendre chacun de leurs seniors magiques en leur accordant une écoute et du temps.

Par de petits investissements, des petits rien, permettons aux animateurs d’accueillir les résidents à leur entrée en établissements, de les accompagner dans leur adaptation, de les familiariser avec l’établissement, de faire vivre chacun de leur résident.

Un peu d’investissement, pour un maximum de gain de temps, c’est la promesse que je fais avec AnimAgeOr, celle d’accompagner les animateurs dans leurs préparations, pour qu’ils puissent dégager du temps dans leurs interventions.

July MARTINEZ

Fondatrice d’AnimAgeOr

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